Turn and Face the Strange

Michal Dočekal, président de l’Union des Théâtres de l’Europe, a rassemblé plusieurs des membres du bureau de l’UTE, ainsi que de jeunes journalistes et dramaturges, pour prendre part à une discussion publique sur le théâtre contemporain, intitulée « Turn and Face the Strange ».


« S’interroger sur la fonction réelle du théâtre n’est pas seulement la tâche de ceux qui s’intéressent au théâtre, c’est aussi une urgence pour ceux qui font, pensent et créent le théâtre. Comme pour n’importe qu’elle pratique, le théâtre doit se confronter à la question de l’habitat, il doit considérer sa propre histoire et sa propre évolution et avoir la force de les mettre en rapport à l’aporie du temps présent, mais aussi avec ses opportunités.


Les table-rondes de l’UTE s’articulent autour d’un thème et tentent de dessiner une géographie du théâtre, laquelle ne saurait ignorer l’Histoire. C’est un honneur et un privilège de nous trouver parmi des artistes et penseurs majeurs, venus de toute l’Europe. Il s’agit par là de souligner les écarts, contradictions et points critiques, souvent générés pas une telle séquence diverse de problèmes systémiques. Comme dans tout travail collectif – réellement dialectique – lorsque l’on cherche non seulement à compléter une tâche heuristique, mais aussi à comprendre la correspondance avec une pensée similaire, certains modèles deviennent immédiatement de véritables défis. Le dialogue que nous tentons d’établir ici va au-delà de la médiation, ou – plus spécifiquement – de la négociation, c’est la recherche d’un horizon partagé.


En ce sens, le théâtre peut s’appuyer sur une boite à outils spéciale. Bien que caractérisé par une surprenante variété de formes, le théâtre est un phénomène présent dans toutes les cultures, un espace de rencontre et de discussion sur le discours contemporain, basé sur un dialogue fort entre les publics et les artistes. Cette fois, nous souhaitons élargir le thème à une fonction fondamentale du théâtre : sa relation au présent.

Comme le suggère le titre - Turn and Face the Strange, tiré d’un vers d’une chanson de David Bowie, Change – nous voulons réfléchir à la responsabilité qui incombe à cette forme d’expression d’une telle vivacité qu’est le spectacle vivant. Un forme d’expression qui doit sans cesse questionner sa place dans l’environnement dans lequel s’organise un discours commun et partagé.

Dans ce que la sociologie définit comme « l’ère hyper-médiatisée » caractérisée par une forte « informationalisation », toute donnée sur le monde et sur ses habitants peut traverser le globe en quelques secondes. S’il semble presque insensé de rationaliser un tel flux, les arts peuvent quant à eux offrir la possibilité de faire un pas e arrière, de ralentir le rythme.


La personnalisation accrue de l’expérience médiatique actuelle conduit à une manière déterministe de faire de l’information, non seulement dans la collection des données, mais en des termes plus généraux dans la collection des expériences collectives qui façonnent notre conscience collective. Nous courrons le risque de nous retrouver piégés dans une fade caricature de notre vie. Tandis qu’à la lumière de la communication digitale, le philosophe Jürgen Habermas théorise « l’impossibilité d’une action communicative », le sociologue germano-coréen Byung-Chul Han propose quant à lui un modèle pour une « rationalité digitale », un environnement dans lequel la « société des opinion » pourrait se développer sans être immédiatement absorbée par la norme.

En vertu de cette qualité particulière de présence qui relie ensemble artistes et spectateurs, le spectacle vivant est un outil de lien social, un espace-temps particulier dans lequel des points de vue variés, une myriade de regards divers, une perspective revigorante et diagonale convergent au sein d’un paysage alternatif.


Ainsi, la question que nous soulevons interroge la capacité du théâtre contemporain à être un générateur d’espace-temps particuliers. Au moyen de métaphores, nous pouvons visualiser l’intimité d’un feu de cheminée ou cette qualité d’écoute particulière nécessaire aux spectateurs d’une symphonie : quelque chose qui préserve un rythme et un esprit unique.

Comme nous l’avons déjà évoqué dans nos discussions sur les phénomènes désastreux que nous traversons aujourd’hui, tels que la xénophobie ou les formes de populisme qui réduisent à néant la possibilité d’une pensée critique, la création d’espace permet de gagner une forme de liberté.

Le théâtre peut-il se questionner lui-même et offrir aux spectateurs la possibilité d’une pause salutaire à la réflexion ? Une opportunité de ralentir le rythme effréné de nos vies ? Non une stagnation mais un temps d’arrêt, une césure, de celle que les poètes cherchent à l’endroit parfait de leur versés. »


Par Sergio Lo Gatto


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||| Table-ronde ||| TURN AND FACE THE STRANGE ||| INTERVENANTS


Gisli Orn Gardarsson

Metteur en scène (Vesturpoort Theatre) | Islande


William Docolomansky

Metteur en scène ("Farm in the Cave") | République Tchèque


Armando Punzo

Compagnia della Fortezza | Italy


Pippo Delbono

Metteur en scène | Italie


Michal Dočekal

Président de l’UTE

Metteur en scène, Directeur du Théâtre National Prague | République Tchèque


Francisca Carneiro Fernandes

Trésorière de l’UTE

Présidente du Conseil d’Administration du TNSJ et chargée des relations internationaes

Théâtre National São João do Porto | Portugal


Jan Hein

Membre du CA de l’UTE

Dramaturge en chef, Schauspiel Stuttgart | Allemagne


Angelika Darlasi

Auteur | Grèce

UTE thinktank Emerging Playwrights


Stefan Ivanov

Auteur | Bulgarie

UTE thinktank Emerging Playwrights


Roberto Scarpetti

Auteur | Italie

UTE thinktank Emerging Playwrights


Sergio Lo Gatto | Modérateur

Journaliste culturel

Young European Journalists on Perfroming Arts


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24 avril 2016 | Craiova, Roumanie

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La table-ronde aux Prix Europe pour le Théâtre à Craiova s’est déroulée dans le cadre du programme de réseau CONFLICT ZONES | ZONES DE CONFLIT de l’UTE.


Avec le soutien du programme Europe créative de l’Union européenne.


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