Maya Arad, à propos de "God Waits at the station"

Quand le Théâtre National d’Israël m’a chargée d’écrire une pièce sur le thème du terrorisme, j’ai tout de suite su que j’avançais en terrain miné.


Mon premier mouvement fut d’explorer la thématique en lui tournant autour. Je me suis alors documentée sur diverses attaques terroristes perpétrées en d’autres temps et lieux, mais toutes mes recherches m’apparurent comme une fuite, une manière d’éviter la question, comme si je m’étais efforcée de gratter la surface de la plaie. J’ai rapidement pris conscience qu’il me fallait chercher plus près, aussi près que possible de moi-même.


Mon entrée dans l’âge adulte a coïncidé avec la Seconde Intifada. J’étais étudiante à l’Université Hébraïque de Jérusalem quand les bus se sont mis à exploser dans les rues de la capitale. Tandis que je préparais mes examens, j’entendais retentir ces explosions, suivies des sirènes des ambulances. Moi-même, je me suis souvent jetée précipitamment hors du bus, avant même que celui-ci n’arrive à destination, simplement parce qu’un individu « avait l’air suspect ». Un ballon de petite fille explosait dans un square de la ville et je manquais la syncope. Le terrorisme s’était révélé dans toute son effectivité.


J’ai ressenti le besoin de me replonger dans cette période, de m’engager dans ce champs de mine. Mais avant, j'ai pris soin de me donner plusieurs directives. Je ne suis pas une politicienne : je n’ai pas de solutions, qu'il s'agisse de faire face au terrorisme ou à ces « conflits » qui informent nos vies. Et quand bien même j’en aurai, ce n'est pas le rôle du théâtre de proposer des solutions politiques.


Je ne suis pas une propagandiste, j’ai une opinion politique certes, mais une pièce ne doit être ni un manifeste ni un pamphlet. Je ne veux pas défendre la politique israélienne et encore moins les organisations terroristes. Je dois examiner le sujet de près, le contempler à l'aune de chacune des différentes perspectives des acteurs en présence. C’est avec des questions – et non pas des réponses - que je me suis embarquée dans ce voyage. Je cherche à comprendre, pas à expliquer.


C’est à la manière du chimiste qui cherche à déconstruire une formule que je dois donc agir. Une formule chimique est une combinaison d’éléments. Chaque fois que ces derniers entrent en collision, il en résulte une explosion. Je dois jeter ces éléments dans un tube à essai, y mettre le feu et tenter de remonter le fil des étapes qui a conduit à l’explosion.


Je souhaite que cette pièce apparaisse comme le processus de déconstruction d’une formule chimique dont la caractéristique est de provoquer une explosion. A chacune des étapes de la pièce, j’ai cherché à isoler un élément de la formule, à en observer les réactions. Ma question : qu'est ce qui, dans la rencontre entre un élément et un autre, conduit à l’explosion ?


Au moment de la rédaction de God Waits at the Station, il a pu nous sembler que le terrorisme était derrière nous. J’écris ses mots plusieurs mois plus tard. A l’heure actuelle, les sirènes résonnent dans la ville et nous signalent que des rockets fusent au-dessus de nos toits, des terroristes rampent dans des tunnels creusés sous nos maisons, et même un « âne piégé » est un concept concevable. Les Forces de Défense Israélienne sont de nouveau entrées dans les territoires de Gaza et la question se pose encore de savoir s’il est moralement excusable de causer la mort de civils au nom de notre propre sécurité. Shimmon Peres a dit : « Il y a un problème moral, mais je n’ai pas de solution morale ». Voilà la formule qui conduit à l’explosion.


Maya Arad