Cyrano de Bergerac

© Photos Hervé All • Nuits de Fourvière

Est-ce une tragédie, est-ce une comédie ?


Tendue entre ces deux pôles, la pièce dont Cyrano est le héros est comme un trait de flamme traversant le ciel théâtral – un coup de foudre. Une grande histoire d’amour, bien sûr, entre ses protagonistes. Mais aussi, et au premier regard, entre une œuvre et son public. Dès sa création, l’œuvre est déjà considérée comme un sommet du genre. Elle si romantique semble être née classique du jour au lendemain.


Pourquoi donc Cyrano est-il cette pièce en laquelle tous, tout de suite, ont voulu se reconnaître ? Peut-être parce que ce feu d'artifice verbal où l’alexandrin dramatique achève de se consumer est une sorte d'autoportrait assumé – et cela, jusque dans la caricature – de ce qu’il est convenu d’appeler “l’esprit français”. Pour le tracer, Rostand compose un superbe monstre, une chimère : un amant de grand style affublé d'un masque de commedia dell'arte, portant dans ses chromosomes quelques gènes de Matamore, de Quasimodo, d'Alceste et de l'Homme qui rit. Et il rêve à sa mesure la biographie exemplaire et baroque d’un martyr de la vivacité, de la galanterie et de la verve “nationales”, passé magnifiquement maître au grand jeu de qui perd gagne, et d’autant plus fascinant que toutes ses qualités sont le fruit d’une sublime volonté d’art. Est-ce cette volonté qui a retenu l’attention de Georges Lavaudant ? Depuis toujours, l’ancien directeur de l’Odéon-Théâtre de l’Europe est sensible aux identités qui se bâtissent en doutant d’elles-mêmes, poussées en avant par leur fêlure. Cyrano, lui aussi, s'est voulu ce qu'il est. Signant son nom à la pointe de son épée et de sa plume, Cyrano, né de l’excès, est toujours “trop” Cyrano, superlativement drôle, incomparablement brave. Toujours en représentation, et aspirant toujours à cet instant d'extase où il pourra se mettre à nu, dire ce qui lui est interdit et découvrir enfin, jetant bas le masque de la laideur, le vrai visage qu'il se rêve. C’est comme si cet homme-panache ne vivait que d’un crédit tiré sur son propre néant, et dont il paye les intérêts de beaux gestes et de bons mots, ardents, étincelants, spirituels jusqu'au dernier, lestés du poids d’une existence qui se sait si vide et fragile. Des mots d'anthologie, qui ont absolument besoin de la scène pour qu'y ressuscite le brave à travers ses morceaux de bravoure... Acteur et auteur de sa propre pièce, Cyrano est peut-être l’un des noms propres du théâtre. Pour assumer un nom pareil, il faut un interprète hors normes. Lavaudant a fait appel à Patrick Pineau, qu’il connaît et dirige pratiquement depuis ses débuts dans Féroé la nuit, qui fut de l’aventure de la troupe de l’Odéon, et qui vient de reprendre, dix ans après, le rôle-titre de l’une des plus belles mises en scène de Lavaudant : La Mort de Danton, de Büchner.


Daniel Loayza


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Cyrano de Bergerac

Texte Edmond Rostand

Mise en scène Georges Lavaudant

Dramaturgie Daniel Loayza

Décor et costumes Jean-Pierre Vergier

Assistante costumes Géraldine Ingremeau

Son Jean-Louis Imbert

Lumières Georges Lavaudant

Vidéo Mathias Szlamowicz

Assistante à la mise en scène Fani Carenco


Avec Patrick Pineau, Marie Kauffmann, frédéric Borie, Gilles Arbona, François Caron, Olivier Cruveiller, Astrid Bas, Emmanuelle Reymond, Pierre Yvon Montfleury, Stéphane Czopek / Laurent Manzoni, Alexandre Zeff, David Bursztein, Loïc-Emmanuel Deneuvy, Julien Testard, Maxime Dambrin, Bernard Vergne, Marina Boudra


Coproduction LG Théâtre, MC93 Maison de la Culture de la Seine-Saint-Denis, Les Nuits de fourvière / Département du Rhône, Les Gémeaux/Sceaux/Scène nationale

Avec la participation artistique du Jeune Théâtre National et de la Maison Louis Jouvet/ENSAD (École Nationale Supérieure d’Art Dramatique de Montpellier).


A la MC93 Bobigny, France

Du 4 au 22 octobre 2013


Et au Piccolo Teatro di Milano, Italie

Du 26 au 31 octobre 2013

Plus d'infos

Edmond Rostand | Georges Lavaudant

4 - 22 octobre, 2013