Erdogan interdit les pièces étrangères

Nobel Prize winner Dario Fo on being on the list of censored authors with Shakespeare

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Photographie: capture d’écran du Corriere Della Sera


Traduction française de l’article italien "Dario Fo bandito in Turchia 'È come vinceree il secondo Nobel'" publié en italien dans le Corriere Della Sera le 2 septembre 2016


DARIO FO INTERDIT EN TURQUIE


« C’est comme gagner un autre Prix Nobel »

Ses pièces de théâtre ont été frappées par la censure, ainsi que les textes de Shakespeare, Tchekhov et Brecht. « Ils sont tous morts sauf moi. Espérons qu’Erdogan ne le découvre pas ».


De Giuseppina Manin


« Je suis honoré. Je vais envoyer une note de remerciement à Erdogan pour m’avoir inclus dans un cercle si prestigieux ». C’est avec son ironie habituelle que Dario Fo commente son interdiction des théâtres turcs, de même que celles de Shakespeare, Tchekhov et Brecht. « Je suis en excellente compagnie. C’est pour moi un second Prix Nobel ».


Comment avez-vous découvert cet acte de censure ?

« Un ami comédien turc m’a appelé. Beaucoup de mes textes ont été joués ces derniers jours à travers le pays, parmi lesquels “Non si paga non si paga” (“Faut pas payer!”) et “Morte accidentale di un anarchico” (“La mort accidentelle d'un anarchiste ”). Cette dernière a dû beaucoup les contrarier, pour ce qu’elle a dû être interprétée comme une accusation contre la police turque et ses méthodes. »


Quelles les analogies peut-on effectivement tirer ?

« Les bombes dans la rue, un innocent en prison, la torture, la dissimulation de la vérité… Tous ces éléments que l’on nomme « Massacres de l’état ». »


Des plaintes que le régime ne peut pas tolérer, même sur scène. Erdogan dit qu’il veut seulement du théâtre turc.

« L’autarcie culturelle est toujours mauvais signe. Et quand sa rage se tourne contre le théâtre, contre la culture, cela signifie la crainte du point de vue de l’autre : ils vous considèrent désormais comme une menace. C’est au moment de son agonie, que le fascisme atteignait son point culminant. Espérons qu’il en soit de même pour la Turquie. »


Avez-vous déjà été en Turquie ?

« Non. Et sur ce point, je doute que j’irai jamais. C’est plus dur par là-bas. Je me souviens bien de ce qui s’est passé en Anatolie en 1993, quand 33 intellectuels ont été brûlés vivants dans un hôtel à Sivas. »


Au final, trouvez-vous cette censure amusante ?

« Pas vraiment, non. Je suis fier d’être considéré comme dangereux par là-bas. J’ai fait ma profession de l’art de déranger. Des siècles durant j’ai connu la censure, notamment en période de démocratie chrétienne au cours de laquelle j’ai été interdit par les églises et la télévision. Que mes pièces fassent encore tiquer quelqu’un me fait plaisir. Il y a en outre un problème darwinien. Récemment, je me suis intéressé à Darwin, à travers un livre et une exposition. En Turquie, certaines personnes vous voient comme un écran de fumée, d’autant que le mouvement anti-Darwinien créé par Said Nursi (qui se trouve être le mentor d’Erdogan) est très puissant là-bas. »


Aux côtés de qui Poutine a encore été paradé ?

« Pas pour des raisons scientifiques… le pétrole et le business, comme le dit le Pape François, sont le moteur de toute chose. Ils valent bien plus que la beauté, l’amour et le respect des autres. »


En bref, vous êtes un peu inquiet.

« Bien sûr que je le suis. Erdogan a désigné quatre d’entre nous, et de ces quatre personnes, je suis le seul encore vivant. J’espère qu’il ne sait pas cela. Et j’espère que personne ne lui dira. »